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Chouan d’honneur 2014 – 44èmes Journées Chouannes

Entretien (extrait) avec Jérôme Seguin à l’occasion de la parution du recueil des conférences et allocutions des Journées Chouannes 2014  (Editions de Chiré, mai 2015).

Avertissement : Afin que, dans leur ensemble, les interventions et conférences prononcées lors des Journées Chouannes 2014 puissent être réunies et conservées pour la postérité, les Éditions de Chiré ont pris la décision d’en réunir les textes dans un volume auquel a été donné le titre de Chouan d’honneur 2014. Quelques semaines avant la tenue, au mois de septembre prochain, des 45èmes Journées Chouannes, il nous a semblé utile et très intéressant de présenter ce recueil dans notre numéro de l’été, afin que nos lecteurs et abonnés (en particulier ceux qui n’avaient pu être présents à cette manifestation culturelle et littéraire) mesurent l’excellent niveau des différents sujets abordés et exposés par les orateurs. Pour ce faire, notre responsable de la rédaction, Jérôme Seguin a bien voulu nous accorder cet entretien et répondre à nos questions.
Lecture et Tradition : C’est de notoriété publique, vous êtes depuis plus de 40 ans, un des membres permanents de ce que l’on appelle « L’équipe de Chiré ». Nous pouvons donc vous considérer comme l’équivalent d’un porte-parole des actuels dirigeants et responsables de DPF. A ce titre, nous aimerions connaître votre avis sur l’intérêt de la publication d’un tel volume.
Jérôme Seguin : Ma réponse va être immédiate et directe : la réunion de ces textes est essentielle car cet ensemble constitue, à mon avis,  sous différentes formes  qui sont naturellement le reflet de ce que sont chacun des orateurs, une synthèse du plus haut intérêt, de ce pour quoi DPF et les Editions de Chiré ne cessent de travailler depuis tant d’années : la nécessité de donner la plus large audience possible au contenu de ce que nous définissons comme la contrerévolution. A ce propos, il me semble opportun de rappeler la phrase du philosophe brésilien Plinio Correa de Oliveira : « Si la Révolution est le désordre, la Contre-Révolution est la restauration de l’ordre. Et par ordre, nous entendons la paix du Christ dans le règne du Christ, c’est-à-dire la civilisation chrétienne, austère et hiérarchique, fondamentalement sacrale, antiégalitaire et antilibérale ».
La contrerévolution n’est ni rétrograde, ni fixée, ni uniquement doctrinale. Elle contient tous les aspects de la société humaine dès lors que cette dernière est construite sur les fondations de l’ordre naturel et surnaturel, dans l’application du plan de Dieu.
L. et T.  : Afin que nos lecteurs aient une approche un peu plus précise du contenu de ce volume, si vous le voulez bien, nous vous proposons d’exposer rapidement le contenu de chacune de ces interventions.
J. S. : Bien sûr et je pense que le mieux est d’avancer peu à peu dans l’ordre où sont publiés ces textes  au fil des pages de l’ouvrage. Je m’efforcerai, en même temps, d’éviter de répéter ce qui figure dans notre n° 41 (septembre 2014) qui contient une présentation générale et rapide des conférences. Les deux journées ont été placées sous deux thèmes généraux : Révolution, Mondialisme, Franc-maçonnerie (le samedi 6) et 100e anniversaire de la guerre de 1914. La guerre en Afrique (dimanche 7).
Pour la première partie est intervenu Jean-Jules van Rooyen (d’origine hollandaise) sur une question essentielle que nos contemporains ont trop tendance à oublier et à négliger : De Moïse à la modernité. Les traverses du pouvoir. Les révolutions et les réseaux secrets depuis 1776. M. van Rooyen a publié récemment un gros volume qui brosse une analyse idéologique et un tableau historique des deux derniers siècles, sous le titre Les traverses du pouvoir, dont il a résumé lui-même le contenu en ces quelques phrases : « Pendant douze ans, j’ai fait des recherches pour découvrir le grand mensonge d’un monde totalitaire, un monde sans Dieu, régi par Lucifer, à travers de nombreux réseaux secrets maçonniques pour programmer la perte de l’Église, des peuples, des nations et la destruction des Etats de droit ». Dans son intervention, il rappelle quelles sont les principales étapes de ce plan diabolique avec ses ramifications, ses agents sournois, ses groupes d’influence plus ou moins secrets d’une implacable efficacité.
L. et T.  : Peut-on considérer que l’intervention suivante, Le mondialisme, corrobore ce qu’a exposé M. van Rooyen ?
J. S.  : Il n’y a aucune équivoque à ce propos. Pierre Hillard, son auteur, docteur en sciences politiques, étudie l’idéologie mondialiste depuis une quinzaine d’années. Il en a tiré matière pour la publication de plusieurs ouvrages, dont le plus récemment paru, en 2014, porte le titre de Chroniques du mondialisme. Il est parvenu à identifier les origines, les acteurs et les objectifs de ce système. La grille d’analyse qu’il a forgée permet de démontrer la progression inéluctable, dans les faits et jour après jour, de l’ensemble des groupes supra nationaux et internationaux.
Dans son intervention, il aurait pu aborder plusieurs  « points sensibles » de l’actualité, l’Ukraine, les événements du Proche-Orient, d’Irak, de Syrie… Il a choisi de traiter un autre fait qui pourrait apparaître comme « anodin », mais qui est symptomatique de ce que subit la planète entière sous l’emprise de la pieuvre mondialiste : « ce qui se passe aux portes de la France, en Ecosse et en Catalogne », puisque ces deux provinces ou régions manifestent un fort désir d’indépendance au sein de la Grande-Bretagne et de l’Espagne. « Nous vivons une époque historique, dit-il. A Barcelone, les Catalans ont les yeux braqués sur Edimbourg. S’il y a indépendance (fausse puisque pilotée par la City et par la franc-maçonnerie), la mise à mort des Etats sera commencée. J’ai montré cela dans mes livres ces dernières années, mais dorénavant, nous faisons face à la pratique ». Ces deux exemples concrets illustrent de manière éclairante comment l’apparente émancipation actuelle des régions est un phénomène délibérément imposé pour le plus grand bien du mondialisme Ainsi, le redécoupage (que l’on peut même qualifier de « charcutage ») des 22 régions françaises (dont on parle tant actuellement, en raison des élections en fin d’année) pour les réduire à 13, est une décision supranationale devant laquelle le gouvernement français n’a pu que s’incliner !
L. et T.  : Il s’est produit dans notre histoire un événement capital, essentiel qui a bouleversé notre pays, puis s’est répandu ensuite comme une traînée de poudre à travers le monde : la Révolution française. Peut-on considérer que ce très grave phénomène fasse partie du plan mondialiste de destruction des Etats et de l’Eglise ?
J. S.  : C’est une certitude et ce fut d’ailleurs la première concrétisation de grande ampleur de ce que dit M. van Rooyen à propos des « révolutions et des réseaux secrets depuis 1776 ». Vous constatez qu’il n’a fallu qu’à peine plus de dix ans pour y parvenir ! Philippe Pichot-Bravard, dans sa conférence très simplement intitulée La Révolution française (condensé de son livre portant le même titre, paru quelques mois auparavant), décortique et explique très clairement ce que furent (et ce que restent) les doctrines philosophiques qui ont été le moteur de cette révolution, dont la volonté première était de créer un monde nouveau, un ordre nouveau, un homme nouveau.
« Ce qui caractérise la Révolution française, dit Ph. Pichot-Bravard, ce qui fait de ce mouvement un mouvement différent des frondes qui, dans les siècles précédents, ont marqué l’histoire de France, c’est qu’elle a été une révolution idéologique, c’est-à-dire une révolution qui a eu pour ambition de mettre en œuvre une idéologie, une vision du monde et des idées ayant pour prétention d’apporter une réponse infaillible à toutes les difficultés présentes. Mais il ne s’agit pas simplement de fonder un monde nouveau à partir d’idées abstraites. L’idéologie implique une mise en œuvre révolutionnaire et donc des techniques de conquête et de conservation du pouvoir ».
L. et T.  : Venons en maintenant à la seconde partie du « programme » qui concerne l’anniversaire de la Première Guerre mondiale et le sujet extrêmement brûlant et délicat de la situation africaine. On peut estimer qu’une sorte d’introduction à ces deux thèmes a été effectuée par le père Argouarc’h (né en Algérie et qui s’applique à honorer les soldats tombés pendant l’affreux conflit de 14-18, à Lorette près de Riaumont) dans son exposé Pro Patria, dont la dénomination est sans équivoque et reprenant le titre de son livre paru dans le début de l’année 2014.
J. S.  : J’ai effectué précédemment (dans notre n° 42, octobre 2014) un compte rendu de lecture de cet ouvrage. Il serait superflu d’y revenir pour répéter les mêmes propos. Dans son intervention, le père Argouarc’h a évoqué quelques-uns de ses souvenirs qui ont ponctué ses trente années de sacerdoce et de sa vocation entièrement consacrée à l’encadrement des jeunes  dans l’œuvre admirable accomplie à Riaumont (où il est arrivé en 1969) pour remettre à l’honneur la pédagogie du scoutisme traditionnel catholique qui lui a permis de former des milliers de garçons et de jeunes filles. Il exprime une grande reconnaissance à ce qu’est la patrie française, à la France, Fille aînée de l’Eglise. Tout au long de ses propos, il évoque les grands moments, les grands personnages qui l’ont illustrée et défendue, la Vendée militaire, les persécutions contre les chrétiens d’Orient, les messes célébrées dans les hauts lieux de la France catholique, la cathédrale de Reims, la basilique Saint-Denis, la Chapelle expiatoire, la basilique de Domrémy, et toutes celles célébrées pour le repos de l’âme des militaires français tombés les armes à la main, les encouragements d’Hélie de Saint Marc, les vaincus de l’Algérie française…
Dans son introduction, il a rappelé sa présence au Congrès de la Cité Catholique, à Lausanne, en 1968 et la conférence « d’une limpidité redoutable » de Jean Madiran, dont il a cité un extrait : « Nous sommes appelés à consentir et à participer à une opération de Résurrection. Et le christianisme, comme le Christ ne ressuscite pas à moitié, dans un compromis de partage négocié avec la mort ou avec le monde ; nous sommes appelés à une opération de résurrection intégrale » (…) Le Christ est maître de l’histoire par sa croix ». « L’axe du monde, c’est la croix ; sans la croix, le monde est désaxé », a commenté le père Argouarc’h.
L. et T.  : Nous en arrivons à un « sujet très sensible », celui du centenaire de la déclaration de la Grande Guerre de 1914, qui a été présenté sous forme d’une table ronde, dirigée par Albert Naudin, réunissant Gérard Bedel, Sébastien Burgaud et vous-même. L’ensemble étant destiné à exposer un aspect trop souvent « oublié » de ce conflit. Pour quelles raisons a-t-il été déclenché, ou, pour reprendre le sous-titre, quels en furent les « Pourquoi » ?
J. S. : J’avais (dans notre n° 39-40, juillet-août 2014) publié une analyse du livre de Mgr Delassus, Les pourquoi de la Guerre mondiale, qui était paru dès la fin du conflit, en 1919. J’y ai rappelé sa magistrale démonstration expliquant de façon lumineuse et argumentée l’ensemble des causes historiques de ce qu’il faut bien appeler les malheurs de la France, en particulier tout ce qui s’est déroulé au cours du XIXe siècle, avec les conséquences de la révolution de 1789 (nous y revenons toujours !). L’essentiel de ce qu’il faut en retenir tient dans cette phrase : la cause majeure de la guerre mondiale « est la conspiration de ceux qui se sont donné la tâche ou de réformer ou d’anéantir l’œuvre du Christ et cela, en brisant ce qui est la pierre fondamentale et la clef de voûte de l’édifice, l’Autorité pontificale ». Ainsi fut franchi un degré supplémentaire dans la marche en avant de l’instauration d’un gouvernement mondial et l’anéantissement du catholicisme, fomenté de longue date dans les loges (lire la suite dans notre numéro).

Extrait du n° 51-52 – nouvelle série (juillet-août 2015) de Lecture et Tradition
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