Recensions et notes de lecture

Le ralliement de Léon XIII, l’échec d’un projet pastoral

Extrait de la recension du livre de Roberto de Mattei (Éditions du Cerf, 2016), par Jean-Baptiste Geffroy.
 
« Faut-il qu’un si grand cœur montre tant de faiblesse ? »
Racine, Andromaque, acte 1, sc. 4.
La plume de Roberto de Mattei est prolifique, particulièrement pour l’histoire de l’Église. Après deux excellents livres sur le Concile, et sur la Tradition 1, il publie une solide étude sur un des épisodes les plus controversés et les plus embrouillés de l’histoire romaine, cette politique dite « du ralliement » que le pape Léon XIII entreprit à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. L’ouvrage est incontestablement solide, appuyé sur d’abondantes sources 2, agréablement rédigé 3 d’une grande clarté nécessaire à la compréhension de la personnalité complexe de Léon XIII. Le choix du sujet abordé par Roberto de Mattei n’est sans doute pas un hasard, s’insérant dans une série d’études portant sur l’histoire contemporaine de l’Église, à la recherche des origines de l’interminable crise qui la frappe depuis un demi-siècle. Le pontificat de Léon XIII s’y rattacherait-il d’une certaine manière ? La question peut surprendre ; elle pourra même choquer les esprits de ceux qui regardent ce XIXe et ce début du XXe siècle dans une heureuse continuité de doctrine et d’action. Le livre de Roberto de Mattei n’hésite pas à la poser, recherche les filiations, scrute les mots et les faits, et tente d’apporter quelques réponses qui n’excluent ni la sérénité, ni le réalisme.

 
UN PONTIFE AU-DESSUS DE TOUT SOUPçON
 
Il est vrai que, enserré entre les deux règnes fulgurants de Pie IX et de saint Pie X, celui de Léon XIII apparaît à bien des égards une énigme. Homme d’une intelligence hors norme, d’une culture immense, Léon XIII est considéré, et à juste titre, comme un pape politique. « Je veux faire une grande politique », a-t-il affirmé dans une formule dépourvue d’ambiguïté. Non qu’il ait pour autant négligé la doctrine, il s’en faut de beaucoup. Son œuvre doctrinale est considérable, d’une qualité exceptionnelle et, Roberto de Mattei le souligne fermement, qui ne se démarque pas d’un iota avec celle de son prédécesseur. Qu’il s’agisse du regard posé sur le monde, ou du constat de la « subversion universelle des principes qui forment la base de l’ordre social », du « refus et [du] mépris de la sainte et auguste autorité de l’Église », qu’il s’agisse de la revendication de la principauté temporelle du Souverain Pontife, le ton de la première encyclique de Léon XIII, Incrustabili Dei consilio, est celui de Pie IX. Tout au long d’un règne d’un quart de siècle, Léon XIII s’est saisi de toutes les grandes questions de son temps. Il a dénoncé le socialisme, le nihilisme et leurs attaques contre la famille, la propriété et la religion (Quod apostolici numeris de1878). Il a restauré, œuvre capitale de son règne, l’enseignement thomiste dans les écoles (Æterni patris de 1879) ; il a défendu la sainteté du mariage et l’indissolubilité du lien conjugal. Il a développé un remarquable corpus doctrinal sur le pouvoir politique et sur la souveraineté (Diuturnum illud de 1881), sur les conditions de résistance à la loi injuste et à l’autorité tyrannique, avec Sapientiæ christianæ (1890). Il rédige Humanum genus, charge violente contre la Franc-Maçonnerie. Est-il besoin de rappeler qu’avec Rerum novarum, Léon XIII est le père de la doctrine sociale de l’Église ? Quant à la défense du pouvoir temporel, la position de Léon XIII est aussi ferme que celle de Pie IX.
Et pourtant, la politique de Léon XIII, particulièrement en ce qui concerne la France, est bien celle du compromis, de la conciliation avec un régime politique ouvertement et violemment anti-chrétien. Cette politique dite du « ralliement », engagée dès le début de son pontificat, il la portera tout au long de son règne, avec une constance, une obstination, presque un acharnement sans faille. Comment donc expliquer cette différence fondamentale entre sa pensée et son action, entre sa rigueur doctrinale et les sinuosités de sa politique, particulièrement vis-à-vis de la France ? Roberto de Mattei nous fournit de nombreuses clefs de compréhension.
 
Un politique précoce
Né au tout début du XIXe siècle (1810), Gioacchino Pecci atteindra le début du XXe à une époque d’évolutions radicales et de grands bouleversements politiques. Sa carrière ecclésiastique est fulgurante : prêtre en 1837, évêque en 1843, il est nommé, cette même année, nonce apostolique à Bruxelles où il peut d’emblée exercer son goût de l’action diplomatique et politique. Ses débuts en Belgique sont pourtant décevants 4. En 1846, Pie IX succède à Grégoire XVI. Mgr Pecci est alors nommé archevêque de Pérouse. Le 13 décembre 1863, il est créé cardinal. Pourtant, à dater de ce jour commence pour lui une longue période de 25 ans qui ressemble fort à une traversée du désert dont il ne sortira qu’à la mort de Pie IX auquel il succède en 1878. Aussitôt, il met en œuvre une politique de rapprochement avec la France et sa sulfureuse République, convaincu qu’entre l’Église et le monde moderne, c’est-à-dire révolutionnaire, il n’y a qu’un simple malentendu. Léon XIII a rêvé d’un « concordat universel où les principes de 1789 seraient accommodés avec les principes fondamentaux de l’Église ». Il faut donc « rendre l’Église sympathique aux divers gouvernements, les persuader que le Saint-Siège peut leur concilier l’affection des multitudes, les aider le plus possible dans leurs difficultés intérieures, concourir avec eux à l’apaisement des passions révolutionnaires » (Père Lecanuet). Sa politique est celle d’une réconciliation de l’Église avec la modernité.
 
Le contexte d’un catholicisme français revivifié mais divisé
Au moment de l’élection de Léon XIII, l’Église catholique est encore profondément ancrée au cœur de la nation française. Une écrasante majorité de la population est baptisée et vit au milieu de près de 36 000 paroisses, dotées de 55 000 prêtres séculiers. Le mouvement religieux connaît un extraordinaire essor par la reconstitution de bon nombre d’ordres supprimés par la Révolution. La dévotion en ce XIXe siècle français est très forte, comme celle du Sacré-Cœur qui est intense. L’époque est celle d’une multiplication des sanctuaires mariaux (ceux de la rue du Bac, de La Salette, de Lourdes, de Pontmain, de Saint-Banzille de la Silve, de Pellevoisin). C’est aussi l’époque de la redécouverte des œuvres de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, celle de personnalités extraordinaires comme le saint Curé d’Ars, saint Pierre-Julien Eymard. Il faut aussi rappeler qu’en France, le catholicisme social connaît une très grande vitalité grâce à des personnalités remarquables comme Clément Myonnet, Maurice Maignen, Émile Keller qui, plus tard, influencèrent certaines figures de proue du catholicisme social : Albert de Mun, René de La Tour du Pin, Léonce de Guiraud. Or, la plupart d’entre eux sont convaincus de l’incompatibilité d’un renouveau de la société chrétienne avec les idées et principes issus de la Révolution française. À cette époque, le catholicisme est monarchique et social, c’est-à-dire fondamentalement « contre-révolutionnaire ».
Toutefois, cette catholicité française est profondément divisée entre ultramontains et libéraux 5. Léon XIII ne l’ignore pas. Cette division religieuse se prolonge d’ailleurs sur le plan politique avec la question monarchique. On ne soulignera jamais assez que cette opposition entre légitimistes et orléanistes n’est pas seulement un problème dynastique, mais aussi et surtout un problème doctrinal. La restauration légitime par le comte de Chambord était contre-révolutionnaire, non pas conçue comme un prétendu retour à l’Ancien régime, mais appuyée sur les principes d’une monarchie équilibrée, fondée sur les communautés naturelles et les corps intermédiaires. L’orléanisme lui revendiquait la filiation d’une révolution certes « tempérée », mais néanmoins imprégnée de ses principes 6. Rome n’a jamais saisi les enjeux politiques et spirituels de cette distinction 7. Convaincu de l’impossibilité d’une restauration monarchique, Léon XIII s’est tourné vers une République qu’il voulait croire « aimable », alors que, par-delà ses diverses tendances, elle restait l’ennemie acharnée du catholicisme et de l’Église.
À partir de ce moment, le paysage politique français se dégrade et le régime se radicalise inexorablement. Par l’extension croissante de ce que Roberto de Mattei appelle assez justement le « diocèse de la libre-pensée », elle accentue son anticatholicisme. La République devient ce qu’elle doit être, une « contre-Église », la « religion de l’humanité », l’instrument diabolique du Grand Orient qui conquiert presque tous les lieux de pouvoir : ministères, administration, juridictions, armée même et surtout l’éducation, une parfaite théocratie sécularisée dont Jules Ferry avait défini l’objectif suprême : « organiser l’humanité sans Dieu et sans roi ». On reste pour le moins perplexe devant l’image de cette République « bonne fille » que Léon XIII se fabrique contre l’évidence, et que rien ne viendra altérer, pas même la mise en œuvre par le régime de politiques de plus en plus agressives.
 
UN « LENT GLISSEMENT avec DES AIRS DE FIDÉLITÉ »
 
L’échec du premier ralliement : errare humanum est
Le nouveau nonce à Paris, Mgr Czacki, suivant fidèlement les instructions de Léon XIII, entame un ballet diplomatique en vue de séduire le personnel républicain par une politique conciliatrice qui le laissa de marbre. A aucun moment, le nonce ne prit la vraie mesure de ses interlocuteurs. Cette politique de conciliation était vouée à l’échec. Rome se présentait en situation de faiblesse, celle d’un demandeur, face à un régime politique qui pouvait être divisé sur le plan politique interne, mais certainement pas sur le plan religieux. Les républicains opposèrent à la démarche pontificale un bloc compact et poursuivirent implacablement leur programme, s’attaquèrent aux congrégations par deux décrets (29 mars 1880) : le premier ordonnait la fermeture des établissements jésuites et de leurs maisons d’éducation (soit 29 collèges, 7 grands séminaires, 500 religieux et 9 000 élèves) ; le second visait les établissements non autorisés désormais soumis à autorisation. Le choc fut rude. Le nonce protesta vivement auprès du président du Conseil. Rome intima aux congrégations de ne pas demander l’autorisation et de résister jusqu’à l’expulsion forcée. Il était bien temps !
 
Le toast d’Alger : vers le second ralliement
L’échec du premier ralliement n’empêcha pas Rome d’en tenter un second. Dans cette perspective, Léon XIII, s’appuyant sur le cardinal Rampolla, le nouveau secrétaire d’État, favorable au ralliement, remplaça le nonce Czacki par Mgr Ferrata, puis contacta le cardinal Lavigerie, lui aussi partisan d’un ralliement, qui accepta de « faire un geste » qui, sans compromettre le Saint Siège, lui permît d’exprimer ses bonnes dispositions à l’égard de la République 8. Ce fut le toast d’Alger le 12 novembre 1890.
On ne soulignera jamais assez les ambiguïtés d’un tel geste, l’incongruité d’une Marseillaise chantée par le chœur des Pères blancs, la substance équivoque du discours archiépiscopal, s’illusionnant sur « la volonté d’un peuple nettement exprimée », s’aveuglant sur une « forme de gouvernement [qui] n’a en soi rien de contraire aux principes qui, seuls, peuvent faire vivre les nations chrétiennes et civilisées », prônant « sans renoncer aux souvenirs de gloires passées ni aux sentiments de fidélité et de reconnaissance […] une adhésion sans arrière-pensée à la forme du gouvernement ». Discours d’une consternante faiblesse politique, ne voulant voir dans la République qu’un simple mode de gouvernement, refusant d’en saisir l’essence idéologique intrinsèquement antichrétienne, prêchant dans une forme lénifiante le désarmement intellectuel et moral en reléguant dans le domaine du souvenir près d’un siècle de combat contre-révolutionnaire 9.
Lavigerie se mit donc en campagne, et dès janvier 1891, proposa au député catholique Émile Keller de prendre la tête d’un mouvement catholique et conservateur (l’Union catholique), en vue de promouvoir cette acceptation du gouvernement de la République, mais en renonçant « à toute alliance avec les partis politiques et à toute opposition à la forme du gouvernement actuel que ces partis veulent renverser, afin d’œuvrer pour  conquérir, lors des prochaines élections législatives une majorité aux conservateurs catholiques ». Émile Keller, bien sûr, refusa, ayant parfaitement compris la nature profonde du régime. Tout en y mettant les formes, il ne s’est pas privé de soulever devant le pape les équivoques de cette politique pour des catholiques français qui avaient plus besoin « d’une parole qui ravivât [leurs] courages pour la lutte et qui [les] groupât autour de [leurs] évêques, non pour garder le silence, mais pour agir, pour protester, pour résister ». Ces paroles, pourtant remarquables, déplurent à Lavigerie qui les trouva « incompréhensibles ». On le comprend sans peine.
Le cardinal se rabattit sur l’ineffable M. Piou qui avait remisé depuis quelque temps un monarchisme de surface pour un républicanisme de raison. Alors qu’il était en visite à Rome, il fut circonvenu par le cardinal Rampolla et Mgr Ferrata qui, si l’on en croit Albert de Mun, n’eurent guère de mal à le convaincre d’accepter la République et de devenir le commis voyageur dévoué d’une politique romaine de plus en plus confuse : accepter la forme républicaine, en formant un parti conservateur d’inspiration catholique, mais sans pourtant être officiellement affiché comme tel, afin de ne pas attiser l’anticléricalisme du régime 10. C’est ainsi que Jacques Piou fonda son mouvement, l’Action libérale, destinée à rameuter les catholiques français sous l’étendard de la démocratie et à « défendre sur le terrain constitutionnel par tous les moyens légaux et en particulier par la propagande électorale, les libertés publiques ». On sait ce qu’il advint de cette politique de gribouille.
 
« Au milieu des sollicitudes » : … sed perseverare diabolicum
Pourtant, nombre de personnalités, et non des moindres, n’avaient pas ménagé leurs efforts pour éclairer le pape. Tel Mgr Freppel qui se rendit à Rome en février 1891 pour tenter de convaincre Léon XIII de la nature intrinsèquement maçonnique du régime français et de l’impossibilité d’une collaboration avec la République française. Dans une remarquable note qu’il lui adressa (reproduite en annexe du livre de R. de Mattei), il lui montre la vanité de l’entreprise, lui annonçant avec une belle lucidité la division des catholiques, l’opposition des royalistes, l’apostasie politique et les défai­tes électorales. Enfermé dans sa chimère, Léon XIII publie son encyclique Au milieu des sollicitudes du 16 février 1892, où il expose officiellement la politique pontificale du ralliement, avec certes une vraie tendresse pour la France, avec cette juste et sincère conviction que « la religion seule peut créer le lien social », mais aussi avec son cortège de bons sentiments, et cet irénisme qui annonce irrésistiblement celui dont se berceront soixante-dix ans plus tard Jean XXIII, Paul VI et leurs successeurs.
Et pourtant, dans son encyclique, Léon XIII témoigne paradoxalement d’une réelle connaissance des mécanismes révolutionnaires. Il dénonce un « vaste complot » que l’abbé Barruel n’aurait pas renié, ourdi en vue d’anéantir en France le christianisme mais auquel, dans son refus d’identifier la nature réelle de son adversaire, il n’oppose qu’une stratégie d’accommodements. Son analyse des régimes politiques est d’une navrante platitude, se réfugiant dans une improbable distinction entre « les pouvoirs constitués et la législation », de telle sorte que, ce qu’il faut combattre, ce n’est pas le pouvoir républicain, mais la législation républicaine. En conséquence, les citoyens « sont tenus d’accepter ces gouvernements et de ne rien tenter pour les renverser ou pour en changer la forme ». Cette dialectique incohérente impliquait donc pour les catholiques français une adhésion au régime républicain, distingué de la politique républicaine.
Il est vrai toutefois que cette adhésion à la République n’est pas explicitement prônée dans l’encyclique. Mais elle l’est implicitement, dans les sinuosités, les sous-entendus du texte. Du reste, dans sa Lettre du 3 mai 1892, Notre consolation qui suit l’encyclique, Léon XIII l’affirme sans ambiguïté : « Nous avons dit aux catholiques français, acceptez la République, c’est-à-dire le pouvoir constitué et existant parmi vous ; respectez-la ; soyez-lui soumis comme représentant le pouvoir venu de Dieu ». Il le rappellera quelques années plus tard à Émile Loubet dans une lettre dénonçant les projets gouvernementaux contre la liberté d’enseignement comme « d’autant plus inopportuns que Nous avons soigneusement inculqué aux catholiques de France, par des actes publics et réitérés, non seulement de ne pas combattre la forme de gouvernement établie dans leur pays, mais encore de lui prêter franche et loyale adhésion ». Peut-on être plus explicite ?
Derrière l’enthousiasme de commande de l’épiscopat évoqué par le pape dans sa lettre Notre consolation, se dessinait de profondes divisions dans l’appréhension et la mise en œuvre de l’encyclique. Si l’acceptation inconditionnelle par le cardinal Lavigerie n’est pas une surprise pour l’ensemble de l’épiscopat, l’accueil fut en réalité mitigé. Certains évêques comme Mgr de Cabrières, évêque de Montpellier, lors des élections municipales, appelèrent à soutenir les candidats engagés dans le soutien des intérêts de la religion 11. (lire la suite dans notre numéro)
Jean-Baptiste GEFFROY
 
 
1 – Vatican II, une histoire à écrire, Muller, 2013 ; Apologie de la Tradition, Éd. de Chiré, 2015. Les deux livres ont été recensés par Jean-Baptiste Geffroy dans Lecture et Tradition, n° 38, juin 2014 et n° 51-52 (juillet-août 2015).
2 – Encore que celles-ci n’apparaissent que dans les notes reportées d’une manière très inopportune en fin de texte, ce qui nécessite une manipulation particulièrement incommode, alors que les notes de bas de page permettent une consultation immédiate. Je me permets d’ajouter que les notes, si abondantes soient-elles, ne remplacent pas une bibliographie complète et présentée de façon méthodique. Il n’est, en l’occurrence, pas possible d’en connaître la composition. Fort heureusement, le livre est doté d’un index des noms cités. Mais, c’est tout de même la moindre des choses.
3 – Nonobstant quelques incongruités grammaticales (traduction ?) et quelques passages confus.
4 – Son action de soutien de l’épiscopat libéral contre la Cour et le gouvernement suscite plus que de la méfiance.
5 – Ces derniers adhéreront pleinement au ralliement.
6 – L’analyse de Roberto de Mattei me semble sur ce point un peu confuse. Il écrit en effet que « la controverse à propos du drapeau blanc était fondée sur une équivoque : celle d’attribuer au tricolore de la part de l’une et de l’autre des factions une signification idéologique qu’il n’avait pas », mais écrit ensuite que « pour les libéraux, l’acceptation du tricolore par le comte de Chambord était une question de principe ; il devait symboliser son adhésion aux idées libérales ». C’était donc bien une question de nature idéologique. Léon XIII, malheureusement, n’y a rien compris.
7 – Pie IX semble-t-il aurait lui aussi considéré que la couleur du drapeau était sans importance et sans valeur. Mgr Freppel de même. Quant à Léon XIII, il n’y a apparemment rien compris, comme l’atteste son peu de considération pour le comte de Chambord.
8 – Certains, à l’époque, doutaient que le cardinal Lavigerie fût à sa place dans cette opération, tel le cardinal Masella – il est vrai hostile au ralliement – pour qui « aucune personne sensée n’aurait conseillé au pontife de se servir […] du cardinal Lavigerie […] qu’il fallait laisser parmi ses Arabes et […] interdire de prêcher autre chose que la libération des esclaves ».
9 – Et de fait, il n’est pas douteux que, dans cette opération de « communication », le cardinal a bien été mandaté par le pape et que ce toast, était bien l’écho fidèle de sa politique.
10 – « La clarté dans la confusion » comme disait Charles Denner dans le film désopilant de Claude Lelouch, L’aventure c’est l’aventure. Même Albert de Mun confiera désabusé : « Je ne vois pas clair du tout. Je ne comprends pas où le pape nous mène et j’espère que c’est Dieu qui le mène ».
11 – Ce que le nonce Ferrata critiqua vivement. Le ralliement à la République pouvait donc signifier que les catholiques, dans un climat de paix religieuse, devaient soutenir les candidats luttant contre la religion !
 
 

 

 

Extrait du n° 65 – nouvelle série (septembre 2016) de Lecture et Tradition

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